Des militants d’extrême droite qui surfent sur l’épidémie de Covid (lire l’épisode 4, « Les conspis tuent »), des menteurs et des vendeurs de faux traitements qui s’enrichissent (lire l’épisode 5, « Charlatans Éditions présentent… »), des personnalités et des mouvements censément progressistes qui restent muets ou partent à la dérive. Depuis sept épisodes, nous enquêtons dans cette série sur ce que la crise sanitaire a fait naître de plus moche dans nos sociétés.
Mais nous tirons aussi de nos recherches quelques motifs d’espoir. L’un d’eux vient du travail d’un petit collectif assez mystérieux appelé « Cabrioles ». Sur leur blog et les réseaux sociaux, ces militants et militantes de gauche tentent de rappeler quelques évidences : la pandémie n’est pas finie, aucune vague n’est une fatalité, chacune d’entre elles est au contraire un choix politique, on peut porter un masque alors que ce n’est pas obligatoire, c’est même un moyen de prendre soin des autres, se faire vacciner n’est pas suffisant mais reste nécessaire, etc. Ils et elles mettent en avant une notion trop peu connue et tout à fait indispensable depuis la fin de la plupart des mesures obligatoires de protection face au virus : l’autodéfense sanitaire. Entretien.
Dès le printemps 2020, on a été confrontés au déni très répandu de l’épidémie dans ce qu’on appelle le “camp des luttes”.
Depuis une petite année, je lis avec intérêt vos travaux et notamment vos appels à « prendre au sérieux l’épidémie ». Mais qui êtes-vous et comment est né votre collectif ?
On est plusieurs personnes anonymes impliquées depuis quelques années dans des mouvements sociaux et des luttes territoriales. Dès le printemps 2020, on a été confrontés au déni très répandu de l’épidémie dans ce qu’on appelle le « camp des luttes », c’est-à-dire la gauche radicale, les mouvements autonomes et libertaires, mais aussi l’ensemble des personnes qui prennent part aux luttes populaires et émancipatrices. On a donc eu envie, en réponse, de faire vivre un espace de documentation et de réflexion politique autour de la pandémie. Nos buts sont à la fois de documenter et combattre les politiques de négation de cette pandémie et d’autre part de documenter et de promouvoir les initiatives d’autodéfense sanitaire. Dans le camp du déni de l’épidémie, il y a notamment RéinfoCovid [dont le cofondateur est Louis Fouché, ndlr], qui diffuse ses contenus dans beaucoup de sphères. Face à cette désinformation, il fallait créer un autre endroit pour diffuser une information militante et de qualité.

Comment définissez-vous l’« autodéfense sanitaire » ?
C’est un mot qui est apparu dès le début de l’épidémie, notamment à l’époque où des couturières ont cousu massivement des masques pour protéger les autres.