« Take Shelter »

« Take Shelter », terreur sur la personne

Fin du monde. Chaque vendredi midi, « Les Jours » vous parlent effondrement et culture. Aujourd’hui, un film de Jeff Nichols.

Épisode n° 35

​Curtis LaForche est-il malade ou trop lucide ? Pendant toute la durée de Take Shelter, le spectateur se pose la question… et lui aussi

En attendant de trancher, il passe à l’action et agrandit son abri antitempête pour protéger sa famille, en bon père de famille, en bon ouvrier américain

C’est que Curtis craint une tornade à nulle autre pareille, se réveille transpirant de cauchemars intenses, multiplie les hallucinations

« J’ai peur que quelque chose arrive, quelque chose de mauvais », explique-t-il

Et pourtant tout va bien, mais tout est sur le fil, si fragile : sa fille née sourde en attente d’une opération, la crise économique comme une épée de Damoclès…

Femme, enfant, maison, travail, il a tout… Il peut donc tout perdre

Ça vous rappelle quelque chose ?

La superbe ambiguïté du deuxième long métrage de Jeff Nichols, sorti en 2012, est là : un propos universel caché dans le trouble d’une chronique familiale

Pour Curtis, la crainte de l’effondrement se transforme en angoisse puis en terreur face à l’altérité : le ciel est menaçant, le climat change, les oiseaux l’attaquent

Il met même à distance son chien, l’enferme derrière un grillage dérisoire… 

La « nature » est tantôt violente tantôt attaquée, mais elle sans intentions, elle est, c’est tout

Pour le héros de Take Shelter, il est déjà trop tard : « La crainte clinique de l’effondrement est la crainte d’un effondrement qui a déjà été éprouvé », écrivait en 1971 Donald Winnicott

Bande-annonce : 

À lundi (si on tient jusque-là).