Libellule

La libellule pullule, la libellule recule

Fin du monde. Chaque midi, « Les Jours » vous offrent une mauvaise nouvelle. Aujourd’hui, une enquête en vol stationnaire.

Épisode n° 58
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Aaaaaah, enfin, mon feuilleton estival reprend – oui, un peu comme Orages d’été, mais pas tout à fait quand même

Que je vous raconte… En juillet dernier, dans les premiers rôles de ma saga à moi, pas d’Annie Girardot ni d’Élisa Servier, mais des libellules par dizaines : du parc parisien de la Villette aux Alpes-de-Haute-Provence, du Lot au Cantal, elles me semblaient pulluler

Mais ce boom d’odonates – l’ordre d’insectes qui regroupe libellules et demoiselles – était-il réel ? Impossible de le savoir

J’ai même posé la question à mon éminent collègue Thibaut Schepman à la rentrée ! Las, il n’avait pas la réponse

Un blog du Washington Post semblait partager mon constat et mettait l’hyperactivité des bestioles sur le compte des pluies du printemps et de la recrudescence de proies

Mais c’était plutôt maigre pour mon enquête franco-française… que j’ai fini par oublier avec l’hiver 

Heureusement, un article de Libération paru ce dimanche est venu me rappeler à mes amours de vacances

Jean-Pierre Boudot, un des plus grands spécialistes français, y parle de la seconde édition du Cahier d’identification des libellules de France, Belgique, Luxembourg et Suisse (Biotope Éditions, 2019) qu’il cosigne

S’il ne commente pas directement la prolifération de ses insectes préférés, son ouvrage constate que, parmi les 106 espèces et sous-espèces étudiées, cinq sont nouvelles dans nos contrées : venues d’Espagne et d’Afrique, elles sont poussées vers le nord par le changement climatique

En revanche, au moins une espèce, Sympecma paedisca, a disparu en France, à cause de la fragilisation de son habitat

Dans la préface du guide, Klaas-Douwe B. Dijkstra, également chercheur ès libellules, alerte :

« Alors que les eaux douces ne couvrent qu’un pour cent de la surface terrestre, elles hébergent dix pour cent des espèces animales. Ces dernières y sont plus menacées que dans n’importe quel autre type d’habitat. Les libellules et les demoiselles font figure d’ambassadrices de ce monde négligé »

Dans Libération, Jean-Pierre Boudot appelle, lui, à rester prudent :

« Il faut faire attention à ne pas attribuer au seul changement climatique ces déplacements [de libellules]. Elles peuvent tout simplement effectuer des changements d’habitats, bien qu’il y ait souvent des synergies entre les changements d’habitats et les changements climatiques »

Chouette, comme Orages d’été, le feuilleton Les Libellules de juillet aura une suite

À demain (si on tient jusque-là).