Après le calendrier de grève deux jours sur cinq qu’ils présentaient mi-mars comme un mode d’action « innovant », les syndicats de la SNCF ont accouché début mai d’une nouvelle idée pour « disrupter » la mobilisation contre la réforme ferroviaire : un « vot’action », néologisme désignant le scrutin symbolique et artisanal organisé auprès des cheminots jusqu’au mardi 22 mai. Ses résultats ont été dévoilés ce mercredi matin. 91 068 cheminots ont voté, soit un taux de participation de 61,15 %. Parmi eux, « 94,97 % se sont prononcés contre et seulement 3,94 % pour », s’est félicité Laurent Brun, le secrétaire national de la CGT Cheminots, lors d’une conférence de presse. Un large mécontentement que le pouvoir doit selon lui entendre au plus vite. Alors que les syndicats rencontreront vendredi le Premier ministre Édouard Philippe, « les critiques techniques, économiques et sociales portées par les cheminots et leurs représentants [envers la réforme] doivent être prises en compte, soutient Brun. Le gouvernement doit revoir sa copie ».
L’idée d’un vote avait éclos début mai à la CGT, premier syndicat maison (lire l’épisode 9, « À nous de vous faire préférer la grève »). Les trois autres fédérations l’ont suivie, en partie pour ne pas donner l’impression de briser l’unité syndicale, « qui persiste » bel et bien, a de nouveau insisté Roger Dillenseger, secrétaire général de l’Unsa Ferroviaire. Le pari était de rendre visible l’ampleur de l’hostilité des agents SNCF envers la réforme du gouvernement. D’incarner dans des piles de bulletins une défiance qu’ils jugent bien supérieure à ce que ne laissent penser les taux de grévistes. De redonner une voix aux cheminots qui ont abandonné la mobilisation en route (lire l’épisode 8, « Antoine a sauté du train de la contestation ») par pression financière ou défaitisme. Ou aux cadres n’osant pas cesser le travail, hormis pour des débrayages de 59 minutes. Rien à voir, donc, avec le référendum d’entreprise qui, depuis la loi El Khomri, peut valider ou rejeter certains accords, ni même avec une « consultation » à la mode Air France, avec démission du patron dans la balance. Le vote doit plutôt faire office de pétition géante, et peut-être relancer l’intérêt pour une mobilisation bercée par la routine des « deux jours sur cinq ».

Le scrutin s’est organisé à la va-vite, en moins d’une semaine. Le 14 mai, premier jour de la consultation, il n’était pas toujours facile de comprendre où et comment s’organisait le vote.