En novembre 2022, Elon Musk, devenu patron de Twitter, confirme préférer pour la présidentielle 2024 le gouverneur de Floride Ron DeSantis à Donald Trump, auquel il vient pourtant de rendre son compte sur le réseau social, supprimé par l’ancienne équipe. La raison invoquée par le milliardaire est simple : « Il faut quelqu’un de raisonnable et centriste. » Il est donc très logique de retrouver six mois plus tard le boss de Twitter aux manettes pour le lancement en grande pompe sur la plateforme de la candidature présidentielle de Ron DeSantis. Sauf que, ce mercredi soir, des soucis techniques sont venus perturber et retarder l’événement, qui a vite tourné au fiasco. Le candidat démocrate (lire l’épisode 12, « Joe Biden, trop vieux pour ces conneries ? ») et Président en exercice Joe Biden ne s’est alors pas privé pour intervenir, en tweetant en direct « Ce lien fonctionne », ledit lien dirigeant vers son site de dons… Un raté pour Ron DeSantis et pour Elon Musk. Si ce dernier, soucieux de ne pas compromettre les perspectives de ses firmes Tesla et SpaceX si dépendantes des politiques publiques, a déclaré ne vouloir apporter de soutien officiel à aucun candidat présidentiel, personne n’est dupe de ses intentions, pas plus que du caractère « raisonnable et centriste » de la candidature DeSantis.
Car, à vrai dire, dans le défi lancé à Donald Trump dans la primaire des républicains, Ron DeSantis peut tout se permettre sauf d’être centriste. Il s’expose, s’il s’éloigne de la radicalité trumpiste, à l’étiquette infamante et disqualifiante de « Rino » (pour « Republican in name only », républicain seulement de nom) que l’ex-Président lui distribue déjà à coups de diatribes sur son propre réseau, Truth Social. Les électeurs républicains que doivent séduire les deux hommes sont aujourd’hui à plus des deux tiers convaincus que l’élection présidentielle de 2020 a été volée par Joe Biden et à peine 15 % souhaitent un présidentiable condamnant l’insurrection du Capitole. C’est là le plus flagrant succès de Donald Trump en sept ans de présence sur la scène politique nationale et un mandat présidentiel : il a transformé le parti conservateur en une formation majoritairement isolationniste, nationaliste chrétienne et insurgée contre l’État fédéral (lire l’épisode 26 de la saison 2, « Aux États-Unis, le rassemblement national des républicains »). Et Ron DeSantis ne peut l’ignorer, lui qui est un enfant politique du trumpisme.

La carrière du jeune Ron DeSantis commence certes avant l’émergence de Donald Trump, avec son élection fin 2012, à 34 ans, comme représentant au Congrès dans un district très conservateur du nord-est de la Floride.