
Rozi Plain, Prize (Memphis Industries, 2023)
«Qu’est-ce qu’on veut ? Moins. Est-ce que vous en voulez plus ? Oui. » Les paroles de Prove Your Good, la chanson qui a précédé le cinquième album de l’Anglaise Rosalind Leyden, alias Rozi Plain, étaient chargées d’annoncer le programme. Tout, dans ce Prize qui se déploie aujourd’hui en douceur, est une question de simplification et d’ajouts mesurés selon la chanson. Et c’était le moment, tant la musique de la native de Winchester, pas bien loin de la côte sud de la Grande-Bretagne et de l’île de Wight, a eu tendance à se contenter d’ajouter dans ses enregistrements précédents.
Dans ses récentes interviews, Rozi Plain explique avoir bizarrement profité du confinement pour laisser reposer ces chansons composées avant 2020, entre deux tournées avec le groupe This Is The Kit, où elle tient la basse et le rôle d’amie de confiance. Musicienne demandée avant de devenir une artiste solo attendue parce que porteuse d’un renouveau pop-folk venu d’outre-Manche, Rozi Plain s’est ensuite retrouvée coincée comme tout le monde pendant la crise sanitaire, avant de pouvoir enfin entrer en studio pour poser les dix nouvelles chansons d’un nouvel album. C’est là, dans cette mise à plat qui s’est éparpillée entre plusieurs villes, qu’un processus nouveau pour elle a commencé : un peu plus de guitare dans Complicated, une couche de synthé dans Painted The Room, un chœur sobre dans Conversation, et pourquoi pas la harpe de Serafina Steer (croisée en solo ou dans le groupe Bas Jan) dans Sore et dans Complicated encore ? Et le saxophone libre d’Alabaster DePlume pour bousculer deux titres vers la fin du disque, Spot Thirteen et Blink.

Plus entourée que jamais, patiente dans sa conversation avec ses chansons inachevées, Rozi Plain a même obtenu de son label quelques semaines de plus pour aller au bout d’un processus nouveau pour elle, qui arrivait jusque-là en studio avec des chansons abouties. À la fin, Prize est son meilleur album à ce jour, un délicat jeu d’équilibre où chaque élément sonore semble parfaitement choisi, ni trop plein ni trop peu, pour faire avancer ses chansons apaisées. C’est un grand pas pour elle, l’anxieuse maladive qui peine parfois à monter sur scène mais qui a appris, ces derniers temps, à accepter cette façon d’être. Jusqu’à en faire une force motrice pour ce nouvel album qui est un grand pas en avant dans le contrôle de ses émotions, une grande respiration assurée.
Prize y gagne une épaisseur immédiate, portée par la voix blanche de l’Anglaise.