Campagne pour le « non »

Épisode n°9 de l’obsession La bascule

Lu

La société turque, la grande muette

Citoyens, intellectuels, opposants politiques à Erdogan… Comment expliquer leur quasi-absence de réaction face à l’ampleur de la répression.

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Pourquoi la société turque reste-t-elle à ce point silencieuse face à l’ampleur de ce qui lui arrive ? En comptant les familles, des centaines de milliers de citoyens subissent l’impact des purges (lire l’épisode 2, « Silence, on purge ») menées depuis l’été dernier, de nombreux intellectuels et opposants sont arrêtés, mais personne, ou presque, ne réagit publiquement. Comme s’il y avait une forme de consentement passif malgré la démesure de la répression.

« Je ne crois pas du tout à un consentement de la société, balaie Asiye, professeure de sociologie à l’université Galatasaray d’Istanbul. Au contraire, le taux d’adhésion à ce qui se passe en Turquie est à mon avis très bas désormais. Mais ceux qui ont des critiques à exprimer préfèrent ne plus le faire publiquement. » L’un de ses collègues, qui enseigne également la sociologie, mais à l’université d’Ankara, a commencé à théoriser cela, dans un texte publié sur un site universitaire. « L’un des effets inévitables de l’état d’urgence et des périodes d’oppression semblables dans des pays comme le nôtre, écrit-il en turc, est que la société s’enterre dans un silence profond. Les gens ont peur. Ce grand silence ne signifie pas que vous êtes enclins à tout accepter. Il témoigne de l’impuissance, parce que vous ne pouvez pas changer ou arrêter ces maux. »

Campagne pour le « non »
Des militants en faveur du « non » au prochain référendum distribuent des tracts dans le quartier de Besiktas à Istanbul, le 4 mars 2017 — Photo Kenzo Tribouillard/IP3.

La peur est partout en Turquie. L’autocensure aussi. Je le sens à chaque fois que je retrouve l’un de mes personnages, l’une de mes sources. Progressivement, j’ai senti la prudence, puis l’anxiété, s’installer, plus personne n’étant à l’abri.