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Épisode n°1 de l’obsession Les années collège

Lu

Les années collège

« Les Jours » retournent en classe durant un an. Mais quelle idée ?

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Les photos de Simon Lambert pour « Les années collège ». Montage : Stéphanie Thion.

Àl'origine de cette obsession des Jours, il y avait ces questions entêtantes sur la séparation des corps sociaux. Quelles mécaniques sont en œuvre pour qu'une société se retrouve aussi ségrégée entre périphéries et centres, entre Blancs et Noirs, entre riches et pauvres ? Quelles sont celles qui, au contraire, rassemblent et corrigent inégalités et différences ? Quand tout cela se joue-t-il ? À l'école, entre autres. Au collège en particulier. En classe de troisième précisément. Dans ce moment qui marque la fin de l'école unique, cette année de l'orientation scolaire.

Nous avons voulu raconter l'endroit et le moment où tout se décide, mais aussi ce qu'il se passe dans la vie des adolescents durant cette année. Une classe de troisième dans un quartier populaire qui ne soit pas non plus un ghetto social, un collège classé REP (réseau d’éducation prioritaire) où subsiste une étincelle de mixité.

Au collège Aimé-Césaire, dans le XVIIIe arrondissement de Paris, 52% des élèves sont boursiers. C’est beaucoup. À Paris, la moyenne est de 23% au collège. Sur les 24 élèves de la classe de 3e B que nous suivons, 8 sont de nationalité étrangère (chinoise, guinéenne, sri-lankaise, congolaise), 12 ont au moins un parent immigré. Une bonne partie d’entre eux est parfaitement bilingue. Un atout pour ces élèves que l'Education nationale, de la maternelle au bac, ignorera totalement. Dans la cour du collège, on croise aussi quelques enfants de bobos, qui commencent à investir ce quartier de La Chapelle en pleine rénovation, les familles résidant dans les nombreux logements sociaux du secteur (plus de 20 % dans le quartier), des étrangers tout juste arrivés en France pour certains. À la fin de l’année, s’ils suivent les statistiques du collège, 82 % des élèves de la classe auront leur brevet, un taux proche de la moyenne parisienne. Mais ils seront proportionnellement presque deux fois plus nombreux que les autres Parisiens à rejoindre une filière professionnelle l’an prochain. Un choix qu’ils redoutent souvent.

Enzo pose une question à Antoine Labaere lors d’un cours d’histoire-géographie
Enzo pose une question à Antoine Labaere lors d’un cours d’histoire-géographie — Photo Simon Lambert pour Les Jours

Le collège Aimé-Césaire, en particulier Jean-Louis Terrana, et Pascale Guillemin, principal et principale adjointe, Antoine Labaere, professeur d’histoire-géographie et professeur principal des 3e B, ont accepté de nous ouvrir leurs portes pour cette expérience journalistique un peu particulière. Les enseignants et les élèves, avec l'accord des parents, de nous faire rentrer dans leurs salles de classe, de nous laisser traîner dans les couloirs, en salle des profs, dans la cour de récré…

Durant toute cette année scolaire, nous allons raconter le parcours de ces élèves, leurs doutes, leurs envies. Nous parlerons du brevet, de l'orientation mais aussi des rapports entre filles et garçons, de leur perception de l'actualité, de la vie d'ados, du travail des enseignants, de la réforme du collège en cours et même de Rihanna.