Le vieux bandit Jean-Pierre Hellegouarch, 75 ans, est celui par qui tout est arrivé. Et il s’en veut énormément. Il y a trente ans, il a demandé à l’amour de sa vie, Farida Hammiche, d’aller déterrer dans un cimetière un magot dont il avait appris la cachette depuis sa prison. Farida Hammiche s’est faite aider par un ex-codétenu de son mari, un certain Michel Fourniret, et sa femme Monique Olivier. Quelques semaines plus tard, le tueur en série tuait Farida. Et volait le trésor (lire l’épisode 7, « Farida Hammiche, morte avant l’or »). Jean-Pierre Hellegouarch a accepté de me rencontrer dans un petit bistrot de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne). C’est rare, et même inédit. Car dans son milieu, on fuit les journalistes et les photographes. Durant le procès d’assises des Fourniret à Versailles, mi-novembre (lire les récits d’audience, épisodes 12 à 15), Jean-Pierre Hellegouarch avait négocié de rester dans la salle d’audience lors des pauses et de sortir par des portes dérobées. Avant le verdict, le gangster libertaire refusait d’évoquer son chemin personnel – « Ce n’est pas le sujet » – pour mieux mettre en lumière Farida, jetée aux oubliettes de la justice parce qu’elle était femme de voyou. Aujourd’hui, cet homme de l’ombre fait exception pour raconter aux Jours son histoire. L’incroyable parcours d’un bandit amoureux, qui croise le funeste tueur en série Michel Fourniret.
Jean-Pierre Hellegouarch « n’aime pas » le titre de notre série, Le magot. De son point de vue, « c’est rabaissant ». Il ne supporte pas plus la notion policière de « crime crapuleux » pour qualifier l’assassinat de sa femme, Farida Hammiche, par Michel Fourniret. Car à ses yeux, « ce n’est pas forcément pour l’argent » que Fourniret a tué Farida le 12 avril 1988. « C’est un tueur en série, il y a eu des victimes avant et après. Or, sa motivation est toujours sexuelle. Il ne s’en prend jamais à un homme. Que l’or, ce soit quelque chose qui l’ait incité, oui, mais il aurait pu piquer “le magot” comme vous dites, et c’est tout. »

Droit dans son kabic breton, coiffé d’un bonnet marin, le gars du Morbihan arrive à petits pas, en pull noir zippé et jean bleu. Il ne lui manque que les chaussures bateau. « Je me sacrifie à la mode, je mets des tennis », ironise l’ex-braqueur, l’œil moqueur et l’humeur taquine. Comme il ne souhaite « pas d’images » de son visage pour rester incognito dans le Val-de-Marne, il m’apporte comme promis des photos-souvenirs.